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20 novembre, 2013

Affamer la population, la nouvelle stratégie de Bachar al-Assad

 

Affamer la population, la nouvelle stratégie de Bachar al-Assad
Par des membres de l’ Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo) et de la revue «Confluences Méditerranée»

Alors que la communauté internationale reste suspendue à la date de la conférence de Genève, un drame humanitaire d’une rare ampleur menace les populations syriennes. De Yarmouk, vaste camp palestinien au Sud de Damas, de Mouadamiya, banlieue de la capitale et de la Ghouta du centre historique de Homs, les mêmes échos et images parviennent – rarement – vers l’extérieur : des corps de femmes, d’enfants et d’hommes décharnés qui rappellent les famines africaines des années 80 ou encore, ces corps sortant des ghettos de la Seconde Guerre mondiale. La communauté internationale crie-t-elle au scandale ? Exige-t-elle une réaction ? Non, le silence se fait lourd. Ces famines à répétition sont-elles le fait de la désorganisation des circuits économiques, résultant de la guerre civile ? Non. Elles appartiennent à un ensemble de dispositifs de répression utilisés de longue date par le régime, autre versant de ses moyens de répression.

Le mécanisme est aussi efficace que simple : encadrer les entrées et sorties du quartier ciblé par le déploiement de militaires tout au long des axes qui permettent d’accéder aux lieux et placer à chaque intersection des pénétrantes, des barrages filtrants ou bloquants. Dans les mailles de ce filet, sont enfermés certes les combattants, qu’ils soient de l’Armée libre syrienne ou d’autres groupes armés, mais aussi toute la population. A ce piège, 800 familles se sont laissées prendre dans le vieux centre de Homs. A raison de six personnes en moyenne par famille, ce sont presque 5 000 civils, qui voient leur fin advenir sous le regard d’une armée d’occupation. Des situations similaires se retrouvent dans d’autres espaces. A Yarmouk, d’où la bataille de Damas se serait déclenchée, la situation alimentaire ne cesse d’empirer depuis que le 14 juillet, les forces du régime ont bouclé les accès au terrain. Avant la révolution, un demi-million d’habitants y résidait. A partir d’octobre 2012, une pluie ininterrompue de bombardements en a vidé une partie des habitants. Pourtant, près de 50 000 restent. Figure de la présence palestinienne en Syrie, le camp de Yarmouk devient le symbole d’une nouvelle forme de répression à grande échelle : l’épuisement des populations par famine. Bientôt, les chefs religieux, les imams et les cheiks appelleront les habitants à se nourrir de chiens ou de toute autre viande, précipitamment reconnus comme halal devant le désastre alimentaire qui guette.

Ces quelques cas – qui laissent entrevoir une réalité probablement beaucoup plus répandue sur le territoire – amènent deux remarques. Pourquoi le régime orchestre-t-il de telles famines ? Et pourquoi les habitants encourent-ils le risque de demeurer dans ce quartier alors  ême que le dispositif s’est resserré peu à peu ? Répondre à la seconde question fournit des éléments pour la première. Aujourd’hui, entre le tiers et la moitié de la population syrienne est sur les routes. Depuis février 2012 (et le début de la bataille de Homs), les villes sont devenues la cible du régime. Deux raisons motivent ce choix. Tout d’abord, la répression – individuelle avec la torture, collective avec les bombardements – est avant tout une punition à l’encontre de toute fraction de la population qui a accepté des manifestations dans son quartier qui a témoigné d’une opposition sous une forme ou une autre. L’idée n’est pas tant de réduire l’opposition que d’imposer la peur et la soumission. Ensuite, avec les succès de l’automne 2012, l’humanitaire est devenu une arme de destruction massive pour le régime de Damas. Deux éléments explicitent la stratégie du régime. Tout d’abord, en juillet 2012, il promulgue une loi précisant que toute aide – fourniture de pains, de couverture ou hébergement – peut être assimilée à du terrorisme. Ainsi tout habitant d’un quartier ciblé par le régime est un «ennemi intérieur», tout «ennemi intérieur» doit être abattu dans une guerre «totale» (discours du 26 juin 2012), toute personne aidant un «ennemi intérieur», devient elle-même un «ennemi intérieur».Dès lors, rejoindre les routes de l’exil ou de l’errance en quittant son logement, son quartier, s’avère plus compliqué. En outre, si le départ peut être assuré, qu’en est-il du retour ? Aux Palestiniens, arrivés en Syrie pour un grand nombre d’entre eux en 1948 et logeant à Yarmouk, fallait-il encore évoquer l’exil et l’incertitude du retour ? Et vers où se diriger dans ce contexte de suspicion et d’errance ? Si l’humanitaire est devenu un des enjeux, cela tient aussi à une tactique du régime : à toute avancée conséquente de l’Armée libre, répondent des vagues de réfugiés déclenchées par le bombardement massif et systémique des quartiers d’habitation. L’afflux des habitants, que doivent prendre en charge les combattants de la révolution, freine d’autant leur progression. Yarmouk et le quartier (il n’est pas vraiment voisin) de Mouadamiya, ainsi que Douma et Daraya, furent des sites d’expérimentation d’une telle politique, avec des départs de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Si donc des familles demeurent, deux explications, au moins, peuvent être retenues : la résistance à un ordre barbare qui souhaite dépeupler pour régner et l’impossible départ devant une répression sourde.Comment la famine s’intègre-t-elle dans cette stratégie ? Les armes chimiques furent trop visibles, la faim est plus discrète et tout aussi implacable. Devant l’impossible reprise des quartiers ou leur contrôle – les habitants s’étant de longue date solidarisés avec la lutte contre un régime qui ne leur promet que la peur, la terreur et la mort – le régime devait trouver un moyen radical de détruire toute opposition. La faim a cette vertu de n’épargner personne. Cette technique révèle aussi une certaine conception du pouvoir assadien. Pour demeurer et résister, le régime est prêt à utiliser toutes les techniques de terreur. Déjà, en son temps, le régime stalinien avait recouru à des famines de masse pour briser les velléités de désobéissance de l’Ukraine aux ordres de la collectivisation. Les méthodes se retrouvent : contrôler les flux de population, les bloquer, empêcher les denrées de parvenir afin d’écraser une population. Que sont quelques dizaines de milliers de morts au regard d’une victoire militaire sur les fronts de la capitale. Se dessine le visage de la Syrie défendu par le régime d’Al-Assad : tout désaccord précipite une famille, un quartier, une ville, un pays, dans le chaos des bombardements, ou dans les tourments de la faim. Bien sûr, il est légitime de se féliciter qu’un régime sanguinaire soit privé de ses armes chimiques. Mais nos clameurs de satisfaction se justifient- elles devant la perpétuation de telles pratiques ? Combien de squelettes d’enfants, de femmes et d’hommes devrons-nous dénombrer avant de considérer l’évidence : la cause du problème syrien réside dans le maintien d’un régime prêt à tout pour survivre.

Par des membres de l’ Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo) et de la revue «Confluences Méditerranée» :

Sébastien Abis analyste politique, Paul Balta écrivain et journaliste, François Burgat directeur de recherches au CNRS, Monique Cerisier-Ben Guiga sénatrice honoraire, Jean-Paul Chagnollaud directeur de l’Iremmo, Roger Heacock professeur d’histoire à l’université de Birzeit, Bernard Hourcade directeur de recherches au CNRS, Géraud de La Pradelle professeur de droit émérite, Bernard Ravenel historien, président d’honneur de l’AFPS, Dominique Vidal historien et journaliste, Sylviane de Wangen dirigeante associative, Catherine Wihtol De Wenden directrice de recherches au CNRS (Ceri, Sciences-Po), Karine Bennafla géographe, Pierre Blanc enseignant chercheur, Estelle Brack économiste, Marc Gognon chercheur sur le Moyen-Orient, Nilüfer Göle directrice d’études à l’EHESS, Ghassan el-Ezzi professeur de sciences politiques à l’université libanaise, Jean-Pierre Faugère professeur des universités, Salam Kawakibi politologue, Agnès Levallois journaliste et consultante, Ziad Majed professeur des universités, Bassma Kodmani directrice de l’Arab Reform Initiative, Iván Martín chercheur (Madrid), Leïla Vignal maîtresse de conférences en géographie (Rennes-II), Nadji Safir sociologue, Manon-Nour Tannous université Panthéon-Assas (Paris-II).

3 novembre, 2013

Destructions d’oliveraies par les colons en Cisjordanie d’après un article publié dans Haaretz

Classé dans : A - Informations générales — palestine18 @ 10:49
Les colons ont opéré au cours des deux derniers mois des destructions systématiques d’oliveraies palestiniennes en Cisjordanie, avec la bénédiction de l’armée d’occupation et le silence complice des principaux médias, dénonce lundi la journaliste Amira Hass dans le Haaretz.

 Destructions d'oliveraies par les colons en Cisjordanie d'après un article publié dans Haaretz dans A - Informations générales oliviers-detruits

« Il est clair que l’armée apprécie au plus haut point la ‘retenue’ de journalistes qui satisfont le droit du public à ne pas savoir », écrit-elle ironiquement, dans un article où l’écoeurement le dispute à la colère. Des documents qui sont parvenus au quotidien montrent ainsi, pour les seuls mois de septembre et octobre :

• Le 11 sep : 500 arbres calcinés sur des terres appartenant au village de Deir al Khatab

• Le 15 sep : 17 oliviers sciés à la base sur des terres du village de Kafr Laqif

• Le 17 sep : 18 oliviers pareillement sciés (même village)

• Le 20 sep : 27 oliviers brûlés à Kafr Qaddum

• Le 21 sep : 70 oliviers sciés (même village)

• Le 2 oct : nombreux oliviers sévèrement endommagés sur les terres de la famille Raba’i• Le 2 oct : une trentaine d’oliviers du village de Jitt sérieusement endommagés• Le 3 oct : 48 oliviers de la famille Shatat sérieusement endommagés

• Le 5 oct : 130 oliviers de la famille Fukha abîmés

• Le 5 oct : 15 oliviers détruits, et la récolte d’olives volée, dans le village deDeir Sharaf• Le 7 oct : une soixantaine d’arbres sérieusement endommagés, et la récolte d’olives volée, à Jitt

• Le 7 oct : 8 oliviers détruits au village de Ras Karbar

• Le 7 oct : 35 oliviers détruits à Far’ata, et le quart de la récolte volée

• Le 8 oct : quelque 400 oliviers incendiés à Jaloud

• Les 13-14 oct : vignes et oliviers vandalisés à Far ‘ata

• Le 20 oct : des colons juifs d’Yitzhar attaquent des paysans palestiniens qui, avec l’aide de volontaires de l’association israélienne, Les Rabbins pour les Droits de l’Homme, cueillaient les olives. Les assaillants ont utilisé des barres de fer, des matraques et des pierres. Deux paysans et deux volontaires –un homme de 71 ans et une jeune fille de 18 ans ont été blessés.

Le dénominateur commun de cette liste –qui n’est pas exhaustive- est que toutes ces attaques se sont déroulées dans des secteurs de la Cisjordanie dont l’armée israélienne a le contrôle exclusif. Ils se sont produits à proximité immédiate de colonies israéliennes et de leurs avant-postes, toutes gardées par des bataillons de soldats, équipés de tours de guet et de caméras, à Elon Moreh, Karnei Shomron, Kedumim, Ma’on, Sussia, Shavei Shomron, Zayit Ra’anan, La ferme de Gilad, Shiloh et Yitzhar.

Autre élément commun : ces attaques ont eu lieu dans des localités déjà visées antérieurement. Et dans la plupart des villages palestiniens cités, l’armée israélienne, qui n’a pas levé le petit doigt pour mettre fin aux exactions des colons, interdit aux victimes, les Palestiniens, d’accéder à leurs propres terres sauf deux fois par an, le tout sous escorte militaire. C’est pourquoi, hormis pour l’attaque du 20 octobre, les dates mentionnées ne sont pas celles où les attaques ont eu lieu, mais celles où les Palestiniens ont découvert les dégâts.

Les ONG Rabbins pour les Droits de l’Homme et Yesh Din détaillent les incidents survenus jusqu’à la date du 7 octobre. Ils ont envoyé une lettre le 9 octobre aux colonels commandant les brigades installées en Cisjordanie, soit les colonels Avi Balut, Yossi Pinto, Ran Kahane, et Yoav Marom, avec copie au conseiller juridique de l’armée pour la Cisjordanie, Doron Ben-Barak. Cette lettre accuse les officiers de ne pas avoir rempli leurs obligations de protéger les paysans palestiniens et les biens de ces derniers. Le porte-parole de l’armée a dit qu’il répondrait directement aux associations, mais pas à la presse.

Certains des commandants en passe de finir leur temps de service auront sans doute relevé ces informations dans leurs cahiers personnels, qui contiennent vraisemblablement des rapports similaires sur des attaques similaires les années précédentes. Sitôt quitté l’uniforme, ils diront, lorsqu’interrogés par la presse, qu’ils avaient peur que la révélation de telles attaques ne déclenche des explosions de colère. Et quand on leur demande pourquoi ils sont restés silencieux lorsqu’ils étaient encore sous l’uniforme, ils évoqueront l’antagonisme entre le serment qu’ils ont prêté en tant que soldats d’une part, et la vérité des faits d’autre part.

Les militaires ont fait le serment de protéger les citoyens juifs de l’Etat d’Israël en toutes circonstances. En tant qu’officiers, ils considèrent qu’ils sont là pour protéger leurs propres soldats en toutes circonstances. Mais la vérité socio-historique et le simple sens commun montre que la violence exercée par des citoyens israéliens juifs appelle une réponse et une violence additionnelle. La vérité socio-historique nous enseigne aussi que les gens en uniforme qui exercent leur domination sur une population qui ne les a pas élus pour les diriger sont violents du seul fait de leur présence, même quand ils ne sont pas en train de tuer ou blesser autrui, et même quand ils ne font que protéger les voleurs de terre.

Une fois à la retraite, ces officiers vous diront que leur serment de servir était plus important que le sens commun, et ils s’ingénieront à nier la réalité de la violence juive avec les meilleurs « arguments » que l’armée israélienne développe si bien dans ses laboratoires de fabrique de bonne conscience.

Pendant ce temps, il ne faut pas être grand clerc pour imaginer les sessions de briefing au cours desquelles dirigeants militaires et représentants des médias se sont mis d’accord pour ne pas qualifier « d’escalade » les équipées des colons, vu qu’elles ont lieu tous les ans, avec la même fréquence et la même intensité. Et quoi de plus facile de tirer de telles conclusions, dès lors qu’une chape de plomb entoure ces évènements.

En somme, nos officiels auront décidé qu’il faut décidément tout faire pour respecter le « droit » du public … de ne pas savoir !

17 octobre, 2013

L’Égypte, nouvelle étape du chemin de croix des réfugiés palestiniens par Céline Lebrun

Classé dans : A - Informations générales — palestine18 @ 15:41

Depuis quelques jours, les dizaines de corps engloutis par la Méditerranée ont attiré l’attention de la communauté européenne et internationale sur la tragédie des réfugiés qui tentent la traversée de la mer au péril de leur vie dans l’espoir d’en trouver une meilleure, de l’autre côté, en Europe. Cette réalité n’est pourtant pas nouvelle mais, comme bien souvent, seule la mort fait parler d’elle. 

On a alors mis l’accent sur l’afflux de réfugiés syriens depuis deux ans. Et c’est vrai. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés qui a annoncé dernièrement que le nombre de réfugiés syriens avait dépassé les 2 millions, dont un million d’enfants, n’a-t-il pas déclaré que ce ne sont pas moins de 4 600 Syriens qui sont arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année dont 3 300 pour le seul mois d’août ! Au regard des 4 348 réfugiés, de toutes origines confondues, enregistrés pour l’ensemble de l’année 2010, ces chiffres sont sans équivoque.

Derrière ces chiffres pourtant et derrière la tragédie des réfugiés syriens, un autre drame, celui des 500 000 Palestiniens qui, chassés une première fois de leurs terres il y a plus de 60 ans et réfugiés en Syrie, sont aujourd’hui contraints à un second exil. Certains sont venus s’installer ici, en Égypte, d’autres y sont dans l’attente de traverser la mer et d’atteindre l’Europe, surtout depuis qu’ils sont devenus les victimes de la propagande nationaliste de l’armée et autres forces réactionnaires égyptiennes. D’autres encore, après avoir essayé, ont été arrêtés et sont aujourd’hui retenus dans les commissariats, ici, à Alexandrie, ou dans d’autres villes côtières, dans l’attente de leur expulsion. Accusés de tentative d’immigration illégale et acquittés par la justice qui ordonne systématiquement leur libération, ils sont détenus comme leurs compagnons syriens par la Sûreté de l’État au titre de « menace pour la sécurité nationale ».

Trop souvent assimilés aux réfugiés syriens, leur sort est ignoré de tous alors que leur situation est, ici du moins et si l’on peut dire, plus dramatique et leur isolement et leur détresse plus grands précisément parce qu’ils ne sont pas Syriens.

En effet, les réfugiés syriens arrêtés, la plupart détenteurs de la « carte jaune » des réfugiés, tombent sous la protection du HCR, lequel leur apporte, via des sous-traitants, une vague aide judiciaire lors de leur arrestation ainsi que le minimum vital jusqu’à ce que leur sort soit fixé. Sur ce point, la protection du HCR devrait prémunir les réfugiés syriens de la déportation. Inutile de dire que les services de sécurité égyptiens n’ont que faire des lois internationales. Quand elle n’est pas illusoire, la protection offerte par le petit bout de papier jaune est donc aléatoire. Et pourtant, les Palestiniens aimeraient bien pouvoir jouir d’une telle protection mais historiquement, ils ne dépendent pas du HCR mais de l’UNRWA, or celui-ci n’opère pas en Égypte. Les seules autorités pouvant alors intervenir sont les représentants de l’ambassade palestinienne en Égypte. Inutile de dire que ces derniers se font encore plus rares que les représentants du HCR, témoignant d’une indifférence totale au sort de ces dizaines et dizaines de Palestiniens qui constituent en réalité la majeure partie des réfugiés détenus dans des conditions inhumaines dans les commissariats égyptiens.

Ainsi, alors qu’avec un groupe de jeunes militants égyptiens, nous leur rendions visite et leur apportions des vêtements et des médicaments, les 40 réfugiés palestiniens du commissariat « Rahmaneya » de la ville de Behera nous racontèrent comment après deux longues semaines de détention, ils n’avaient toujours pas vu un seul représentant de leur ambassade. En dépit de leurs nombreux appels et des promesses qui leur avaient été faites qu’il viendrait, l’avocat de l’ambassade, Khaled Atteya, ne s’était toujours pas manifesté, pas plus que Yasser Salman, le chargé des relations publiques de l’ambassade qui ne prenait même pas la peine de répondre à leurs appels.

Depuis plus de deux semaines, 26 femmes et enfants, le plus âgé ayant 9 ans et les trois plus jeunes étant des bébés d’un an, dorment ainsi à même le sol de la mosquée du commissariat. Les hommes, eux, sont parqués dehors.

L’une des femmes, atteinte d’une tumeur de la moelle osseuse, a été acceptée dans un hôpital en Allemagne, après deux opérations ratées en Syrie. Mais comment atteindre cet hôpital quand l’Allemagne lui refuse le visa indispensable qui lui aurait permis de faire le voyage ? Par la mer : sans autre espoir, mettre sa vie en péril pour tenter de la sauver.

A l’écart du groupe où cette femme nous raconte son histoire, dans un coin de la mosquée, une vieille dame âgée de 84 ans. 84 ans. Elle avait donc 19 ans en 1948 lorsqu’elle a dû quitter, comme 800 000 autres Palestiniens, sa terre natale. 65 ans plus tard, un nouveau périple, un second exil, une autre Nakba. Mais pour aller où ?

17 pays ont accepté d’accueillir les réfugiés syriens, nous dit-on. Cela concerne-t-il les réfugiés palestiniens ? Alors que les conditions de cet accueil sont encore inconnues de tous, nul ne le sait, et dans les méandres des administrations bureaucratiques, rien ne se fait. Et quand bien même… Comment ces réfugiés sont-ils censés atteindre ces pays situés pour la plupart en Europe, quand ce n’est à l’autre bout du monde, alors qu’on leur refuse les visas ? Dans cette hypocrisie généralisée, l’accueil par ces pays, ô combien incertain et précaire, n’est plus que la promesse douteuse d’une récompense accordée à ceux et celles qui auront réussi à franchir toutes les étapes d’une odyssée à faire rougir Ulysse. Quant à ceux qui n’y seront pas parvenus et sont détenus aujourd’hui par l’Égypte, ils sont contraints de choisir le pays où ils préfèrent être expulsés, à leurs frais bien entendu, et une nouvelle fois, les options des réfugiés palestiniens sont plus maigres encore que pour leurs compagnons syriens et se résument à :

  • l’Équateur. Prix d’un aller simple pour ce pays situé à l’autre bout du monde, où règnent l’insécurité et la criminalité, et où on dénombre dans certaines villes un enlèvement toutes les neuf heures, visant principalement les étrangers (voir ici et ) : plus de 1 000 euros ;
  • le Liban. Connu pour être le pays réservant le sort le plus difficile aux réfugiés palestiniens, ce dernier leur délivre alors un visa de transit de 48 heures qu’ils peuvent toujours essayer de faire renouveler jusqu’à ce que leurs dernières économies aient été englouties par le coût élevé de la vie ;
  • Gaza, petit bout de territoire surpeuplé avec déjà 1,1 million de réfugiés sur une population de 1,5 million, confronté à une situation humanitaire catastrophique alors qu’il est assiégé par l’armée israélienne ;
  • Après un passage par la case prison, retour à la case départ. Renvoyés d’où ils viennent, à la guerre qu’ils ont fui.

Comme si tout cela ne suffisait pas, dans ce grand jeu pervers, un malheur en appelant toujours un autre, à peine disions nous au revoir aux 40 réfugiés de Rahmaneya, que nous apprenions le naufrage, aux larges des côtes égyptiennes, d’un nouveau bateau transportant vers l’Italie 163 réfugiés, égyptiens, syriens et palestiniens. Dans la voiture qui nous ramenait à Alexandrie, alors que nous redoutions ce moment, la confirmation du bilan de ce naufrage finit par arriver : 12 morts et 35 personnes portées disparues.

Alors que nous rendions visite aux 112 rescapés – 40 Syriens et 72 Palestiniens, les 4 Égyptiens sauvés ayant été relâchés – détenus dans les commissariats de Karmoz et de Dekhela à Alexandrie, ces derniers nous racontèrent alors leur histoire, comment ils sont restés de 23 heures à 5 heures du matin dans l’eau attendant désespérément que quelqu’un vienne les sauver après qu’ils aient signalé leur naufrage, comment ils l’ont été, non par la marine égyptienne mais par des bateaux de pêcheurs et enfin comment la marine est finalement arrivée sur place, non pour les secourir… mais pour les filmer !

C’est donc pendant 6 longues heures qu’Esraa, âgée d’à peine 9 ans, s’est accrochée désespérément au corps de son père qu’elle croyait toujours en vie.

C’est pendant ces 6 longues heures de lutte et d’agonie que Sohair a vu trois de ses quatre filles, Sama, 8 ans, Julia, 6 ans et Haya, 5 ans céder une à une à la fatigue et disparaître dans les eaux sombres. Et froides.

En 2006, l’armée israélienne a tué le frère de Sohair au Liban. Il y a une semaine, après avoir vu une nouvelle guerre détruire sa maison, elle a quitté Yarmouk, le camp de réfugiés de Damas où elle vivait. Partie pour fuir la guerre et dans l’espoir de trouver en Europe un moyen de guérir l’une de ses filles paralysée, elle raconte : « Parce que j’ai voulu soigner l’une de mes filles, j’en ai perdu trois… » Aujourd’hui, alors qu’on lui a refusé le droit d’assister à leur enterrement et de leur faire un dernier adieu, elle s’accroche à l’odeur de ses filles laissée sur quelques vêtements, comme pour échapper à la réalité de son cauchemar.

Wafaa aussi s’accroche. Elle s’accroche à l’espoir que ses deux petits garçons de 3 et 5 ans, Hekmat et Shams, portés disparus, lui seront rendus, en vie. Hekmat et Shams font partie des 18 enfants toujours portés disparus.

Voilà les histoires que cachent les chiffres. Alors, dans cette grande pièce où je me trouve, entourée de mères qui pleurent leurs enfants, le désespoir m’envahit. Je n’ai pas de réponse à la question de Sohair. Pourquoi ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il sur les Palestiniens ?

Mais mon regard se porte sur les visages d’anges endormis sur les maigres couvertures qui jonchent le sol. Et sur les gamins qui jouent un peu plus loin avec le stéthoscope du docteur. Ils veulent écouter leur cœur battre.

Alors dans le noir, une évidence, comme une lueur. La vie trouvera toujours un chemin. Nous détruirons vos frontières et vaincrons l’ignorance, la peur et l’égoïsme qui les ont dressées, pour offrir à ces enfants le monde tel qu’il doit être.

Céline Lebrun – Alexandrie, 13 octobre 2013

18 septembre, 2013

Réunion de rentrée de l’association

Classé dans : A - Informations générales — palestine18 @ 10:51

Réunion de rentrée de l'association dans A - Informations générales logo-palestine-18mardi 1° octobre, Palestine-18 reprend du service!

Après trois mois sans trop d’animation, l’association va repartir pour une nouvelle aventure avec ses amis palestiniens. Affaire à suivre …

9 septembre, 2013

Le Liban ne veut plus des Palestiniens de Syrie

Classé dans : - Camp palestinien de Badawi,A - Informations générales — palestine18 @ 14:47
Parmi plus de deux millions de réfugiés qui ont fui la Syrie, de nombreux Palestiniens sont forcés à un second exil. Arrivés dès 1948 en Syrie, après la première guerre israélo-arabe, ils fuient depuis plusieurs mois les bombardements qui n’épargnent pas leurs camps. La plupart se dirigeaient jusqu’ici vers le Liban, traditionnellement terre d’accueil. Mais les portes du pays du Cèdre leur sont désormais fermées.
Zoom:

A l’extérieur du poste frontière de Masnaa, côté libanais / Photo Anaïs Renevier
05.09.2013 Par Anaïs Renevier Masnaa, frontière libano-syrienne.
Devant le centre de la Sûreté Générale Libanaise, de nombreux Syriens font la queue pour obtenir un visa d’entrée au Liban. Dans ce no man’s land d’une dizaine de kilomètres, entre les deux postes frontières, mille personnes en moyenne transitent quotidiennement. Au milieu de ce chaos, certains passent de l’autre côté en trente minutes. D’autres sont oubliés. Ils sont là, depuis deux ou trois jours parfois, parce qu’ils sont Palestiniens. Un groupe originaire du camp palestinien de Sbeineh en Syrie se tient à l’écart. Ils n’avaient pas été informés des nouvelles restrictions : les Palestiniens de Syrie ne sont plus les bienvenus au Liban depuis la fin du Ramadan.Aucune explication ne leur a été donnée. Ils ont simplement été priés de rentrer en Syrie. Ils espèrent encore pouvoir passer, et attendent dans la zone de transit, dépensant leurs maigres économies en eau et en cigarettes. Baraa, un Palestinien du camp de Sbeineh, n’envisage pas de rentrer en Syrie : « C’est trop dangereux. Le camp est désert et je n’ai nulle part où aller ». Au milieu du groupe, un jeune garçon d’Alep nous interpelle  : « Il n’y a pas que les Palestiniens qui sont refoulés. Regardez, moi je suis Syrien, on m’a refusé l’entrée parce que ma carte d’identité était écornée ».
Zoom:

Un Syrien d’Alep refusé à la frontière nous montre son visa d’entrée pour le Liban. Une croix sur le visa = un refus d’entrée / Photo Anaïs Renevier
Confusion face aux nouvelles restrictions
A Masnaa comme parmi les ONG, la confusion règne. La nouvelle a été accueillie avec surprise et inquiétude. Le premier jour de l’Aïd, plus de deux cent personnes, Palestiniens et Syriens confondus, se sont vu refuser l’entrée sur le territoire libanais. Human Right Watch a immédiatement accusé le gouvernement libanais de violer les lois internationales en refusant l’asile à ces réfugiés .Du côté du gouvernement, aucun commentaire officiel. Un responsable de la Sûreté Générale confirme les restrictions, sous le couvert de l’anonymat : « Nous avons arrêté notre politique de frontières ouvertes. Nous avons renforcé les contrôles sur tous les réfugiés, Syriens comme Palestiniens. S’ils n’ont pas d’adresse au Liban, ou de papiers d’identité en règle, nous ne pouvons pas les accepter. Et en ce qui concerne les Palestiniens, pourquoi devraient-ils chercher refuge ici? Ils n’ont même pas le droit de travailler au Liban. Ils peuvent très bien rejoindre des zones sécurisées en Syrie.» Selon cette source, le gouvernement ne prévoit pas de revenir sur cette décision. Il a demandé à plusieurs reprises une aide internationale pour gérer l’afflux de réfugiés, officiellement plus de 700 000 d’entre eux sont enregistrés. Les promesses financières annoncées en janvier et juin par la communauté internationale n’ont en grande partie pas encore été concrétisées.
Zoom:

Un groupe de Palestiniens de Syrie patiente non loin du bâtiment de la Sûreté Générale à Masnaa / Photo Anaïs Renevier
En Syrie, des camps palestiniens déserts ou bombardés
Les Palestiniens de Syrie ont commencé à immigrer massivement au Liban en décembre dernier, lorsque le camp de Yarmouk au sud de Damas, le plus grand de Syrie, a été bombardé. De quelques milliers de réfugiés enregistrés il y a un an, ils sont passés à près de 93 000 cet été. Si les Palestiniens restent neutres ou divisés dans le conflit syrien, plusieurs camps servent de base arrière aux rebelles, et font l’objet de bombardements réguliers par le régime. Deux camps palestiniens sur les neuf officiels sont entièrement désertés et plusieurs sont inaccessibles aux travailleurs de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens( UNRWA). A Yarmouk, seuls 30% des résidents d’origine sont restés. Ahmad, père de trois enfants y a perdu sa maison et son magasin, détruits sous les bombes. Il a déménagé plusieurs fois à l’intérieur de la Syrie, avant d’envoyer sa femme et ses enfants au Liban chez ses cousins, juste avant la fin du Ramadan. Joint par téléphone, il raconte : « La guerre nous poursuivait. Les enfants faisaient des cauchemars, ils pleuraient dès qu’ils entendaient un bruit d’explosion. J’ai voulu les mettre à l’abri de l’autre côté de la frontière, j’ai ensuite cherché un travail en Syrie mais je n’en ai pas trouvé. Je me suis résigné à rejoindre le Liban ». C’était le 13 août, quelques jours après les nouvelles restrictions. Après un trajet difficile de Damas à Masnaa, pendant lequel Ahmad a dû verser plusieurs pots de vin à des milices pro-régimes et à la douane syrie nne, il dit avoir été humilié par les soldats libanais. Deux jours d’attente, avant de devoir repartir en Syrie sans avoir pu voir sa famille, faute de visa d’entrée au Liban. Depuis cette date, les Palestiniens sont de moins en moins nombreux à tenter leur chance aux portes du Liban, la nouvelle des restrictions s’est répandue rapidement parmi cette communauté.

A l’UNRWA, l’inquiétude grandit. Les responsables négocient avec le gouvernement libanais le passage sans condition des réfugiés palestiniens. 90% des Palestiniens de Syrie vivent à Damas ou dans la campagne damascène. Le Liban, à moins de 50 kilomètres de la capitale syrienne constitue donc leur unique point de sortie. Ces dernières semaines, quelques rares Palestiniens ont été autorisés à passer la frontière. « Nous étudions les demandes au cas par cas, nous laissons passer les cas humanitaires », explique Magkram Malaeb, responsable du programme de gestion de la crise syrienne au Ministère des Affaires Sociales. « Nous ne pouvons pas parler de restrictions, nous essayons simplement de mieux contrôler les entrées pour savoir qui se trouve sur le territoire libanais.» Un pari perdu d’avance, si l’on en croit les propos d’Ann Dism or, directrice de l’UNRWA au Liban : « Cette nouvelle politique pourrait augmenter le nombre d’entrées illégales sur le territoire. On va donc avoir plus de mal à les localiser, les comptabiliser et donc les aider », craint-elle.

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Une rue du camp de Chatila à Beyrouth / Photo Anaïs Renevier
Le Liban, loin d’être un eldorado
Et pour ceux qui ont pu passer au Liban, la réalité est loin d’être un exil rêvé. Kamal (dont le prénom a été modifié, ndlr), arrivé il y quelques mois dans le camp de Chatila à Beyrouth dresse un constat amer : « En Syrie, je possédais un bel appartement et un magasin. J’avais un travail et mes fils faisaient leurs études à Damas. J’avais les mêmes droits que les Syriens. Maintenant, je partage un trois pièces avec quatre familles et ni moi ni mes fils n’avons trouvé de travail. Les Palestiniens au Liban n’ont aucun droit. Et la vie est extrêmement chère. Peu importe qui gagne la guerre, je veux que la paix revienne, je veux rentrer en Syrie au plus vite.» Selon Ann Dismor de l’UNRWA, les quelques 93 000 Palestiniens de Syrie ne s’établiront pas au Liban sur le long terme : « Le gouvernement craint que les Palestiniens ne s’installent définitivement. Leurs conditions de vie étaient meilleures en Syrie avant la guerre qu’au Liban maintenant. Ils souhaitent tous repartir en Syrie un jour ». Pour certains, la vie sous les bombes en Syrie est d’ailleurs préférable à l’exil au Liban. Ahmad, le père de trois enfants refoulé à la frontière mi-août vit désormais sous le porche d’une école. Mais ils ne souhaite qu’une chose, que sa famille vienne le rejoindre : « On a été réfugiés une première fois quand on a été chassés de Palestine, et maintenant on nous refuse un second exil. Si rien que pour entrer au Liban, je suis humilié de cette manière, comment pourrais-je élever mes enfa nts dans un tel pays? Je veux qu’ils me rejoignent ici. Et même si on doit y mourir, ce sera avec dignité.»
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